09 septembre 2006
Les fresques politiques de Sienne
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LES FRESQUES POLITIQUES
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Par
fresques "politiques" j'entends celles qui ornent des bâtiments
publics, tels que les palais du pouvoir des cités toscanes que furent
le Palazzo Vecchio à Florence, le Museo Civico à Sienne. C'est de ce dernier qu'il s'agira ici.
GUIDORICCIO DA FOGLIANO
« On ne peut avoir plus grand air.
À cheval, il ne fait qu'un avec sa monture :
il est l'homme qui veut et qui agit, celui qui commande et qui conduit.
D'or clair et de sinople en brocart, il va à l'amble aux couleurs de Sienne,
sous le soleil noir, de l'azur le plus sombre.»
André Suarès, Voyage du Condottière.

PORTRAIT ET PAYSAGE : LA FRESQUE DE 1328

Le Palazzo Pubblico a été décoré par Simone Martini (1284-1344), le plus illustre artiste siennois du Trecento avec Duccio di Buoninsegna et Ambrogio Lorenzetti. Sur le mur ouest de la Salle de la Mappemonde, Simone Martini a représenté un épisode de la conquête des châteaux de la Maremme et de l'Amiata, dont nous parlent après précision les archives de la République siennoise.
Même si, dans notre dos, la "Maestà" du même Simone Martini (1315) attire davantage les regards, faisons bien attention à cette première fresque "militaire" qui glorifie un condottiere, chef de guerre des Siennois, habillé aux couleurs de la ville. Le tableau aurait été réalisé en 7 ou 8 jours (Marco Pierini, L'Art à Sienne, éd. Scala). Les manuels scolaires et les livres d'art ont popularisé cette fresque datée de 1328 représentant Guidoriccio da Fogliano au moment du siège de Montemassi, le château situé à gauche, tandis qu'une bastide est au milieu et un camp militaire tout à droite, l'un et l'autre avec les couleurs de Sienne, noir et blanc en bandes verticales.

À cheval au milieu du paysage désolé qui englobe les deux places fortes aux tours crénelées bien visibles, le condottiere passe devant nous, comme une statue équestre. Mais regardons maintenant l'ensemble du mur :

Si nous regardons en dessous, entre les deux œuvres du SODOMA (1529) —représentant les saints patrons de Sienne— une autre fresque apparaît partiellement. Elle a été mise au jour par hasard en 1980 lors de travaux de restauration. Elle a été peinte sur l'intonaco d'une mappemonde.
• Que représente la "nouvelle" fresque ?
La découverte révèle deux personnages, l'un avec une épée, qui semble avoir été gratté puis recouvert d'une étrange couche de bleu azur, l'autre un châtelain qui semble soumis au premier. La "nouvelle" cité avec fortifications, tour, église et habitations, serait Arcidosso, une ennemie vaincue par Sienne au temps de sa splendeur sous le Gouvernement guelfe des Neuf (1287-1355). En 1330, Guidoriccio fut effectivement envoyé par Sienne avec 4000 fantassins pour attaquer le comte de Santa Fiora c'est-à-dire les Aldobrandeschi qui, sous la menace, acceptèrent la paix. Laissant Santa Fiora aux Siennois, les Aldobrandeschi se replièrent sur leur place-forte d'Arcidosso. Mais en avril 1331 — et non pas en 1328 date portée sur la fresque— Guidoriccio vint l'attaquer et la prit après un siège de 4 mois grâce à un tunnel creusé sous les fondations. Les Aldobrandeschi se soumirent et conclurent un accord avec le condottiere. L'accord monétaire passé entre eux et Guidoriccio fut peu après dénoncé par Sienne. En septembre 1333 ce fut la rupture entre la République et son chef de guerre. Guidoriccio, considéré comme traître au Gouvernement des Neuf, s'exila en Emilie où en 1337 il devint podestat de Padoue.

Cette "nouvelle fresque" montrerait bien Guidoriccio et ses exploits guerriers. Ce serait elle la première représentation "photographique" d'un paysage et non la fresque de la "pontate" supérieure. Alors pourquoi fut-elle recouverte ? Il suffit de reprendre ce qu'on vient de dire. À Sienne, le Gouvernement des Neuf aurait mal accepté la représentation d'un condottiere désormais expulsé de Sienne pour commander des troupes ennemies. D'où la couche de bleu pour camoufler le héros devenu traître. Puis d'autres peintures… comme celle antidatée 1328 et qui, seule, est restée visible des siècles durant. Le subterfuge ne déplut sans doute pas aux Aldobrandeschi dont la défaite fut effacée. Surtout la gloire de Sienne était satisfaite par l'immensité de la fresque, la taille imposante du Cavalier, le déploiement de la puissance militaire. Et puis en 1348 ce fut la Grande Peste et seulement un Siennois sur trois lui survécut. Alors on pouvait bien appeler le Cavalier Guidoriccio et le château investi celui de Montemassi. On s'y habitua. Jusqu'en 1980.
Aujourd'hui c'est un choc culturel pour Sienne si, comme le pense
Mauro Aurigi, le Cavalier n'est pas une œuvre de Simone Martini et s'il
ne représente pas Guidoriccio. Devenu traître à Sienne il fut victime
d'une "damnation memoriae" sur la fresque inférieure, avec les traces
de défiguration et le camouflage sous le bleu azur. Le Gouvernement des
Neuf avait procédé à un meurtre symbolique. Quant au vrai Guido Riccio da Fogliano, il mourut en 1352.
• Attributions toujours incertaines
Qui est l'auteur de la fresque inférieure ? et supérieure ? En 2003, une exposition locale sur Duccio di Buoninsegna lui attribua la fresque inférieure. Mais
cet artiste a-t-il jamais peint des fresques ? et a-t-il jamais peint
des sujets autres que religieux? (De plus il serait mort ern 1315 ou
1318).
Simone Martini
? Lui, on sait au moins qu'il a été payé 23 livres pour peindre les
châteaux conquis par Guidoriccio ! Et qu'il a passé une semaine sur le
terrain pour en faire le dessin. Mais depuis un siècle les historiens
de l'art doutent que Simone Martini —qui n'a réalisé que des tableaux
religieux et les a exécutés de manière très fine— ait pu être
l'auteur de ce "Guidoriccio…", ce cavalier qui monte un destrier assez
gauchement représenté. Tout visiteur peut constater la distorsion entre
la technique picturale de la fresque datée 1328 et celle, délicate, de
la "Vierge en majesté" exposée à l'autre bout de la Salle de la
Mappemonde. Les doutes furent exprimés dès 1907 par Venturi dans son
"Histoire de l'art italien". Ils ont été repris par Federico Zeri.
Enfin les universitaires américains Gordon Moran et Michael Mallory ont
considéré que le Cavalier n'était qu'une superposition tardive et
médiocre exécutée sur le panorama déjà commandé à Martini entre 1320 et
1331.
La grande
fresque de près de dix mètres de large ne date peut-être pas du
Trecento… La bataille entre historiens d'art perdure. Comme perdure la
fonction de symbole de Sienne qu'est cette œuvre.
—o—o—o—
LE BON ET LE MAUVAIS GOUVERNEMENT
C'est l'ensemble de fresques le plus célèbre de Sienne. L’«Allégorie du Bon et du Mauvais gouvernement» d'Ambrogio Lorenzetti est un cycle de fresques réalisé entre 1337 et 1340 dans la Salle des Neuf (dite également Salle de la Paix) du Palazzo Publico de Sienne. Ce cycle est une des premières œuvres laïques dans l'art de cette époque. Le pouvoir du temps voulut que l'artiste représentât d'un côté l'Allégorie du Mauvais Gouvernement avec les effets qu'il produit (famine, assassinats, pillage, violence, pauvreté…) et de l'autre le Bon Gouvernement avec ses effets (prospérité de la cité, bien-être, richesse, joie, etc). L'intention est bien claire : c'est seulement si le pouvoir repose sur la justice sociale que la population en tire bénéfice.
LE BON GOUVERNEMENT

Vue d'ensemble
De gauche à droite : l'Allégorie du Bon Gouvernement, les Effets du Bon Gouvernement à la Ville puis à la Campagne
• L' Allégorie du Bon Gouvernement

Allégorie du Bon Gouvernement - Vue d'ensemble
La Sagesse tient à la main le livre biblique du même nom. Il en part une corde qui domine la Justice. Celle-ci est entourée des plateaux de la balance. Par le biais de deux anges, elle distribue à chacun selon les mérites de chacun : à gauche un homme reçoit un bâton de commandement, tandis qu'un autre va être décapité; à droite un coffre est remis à un personnage agenouillé.

(on note le nom du peintre)
Ensuite la corde passe dans les mains de la Concorde avec un rabot sur les genoux, comme pour aplanir disputes et controverses. Puis la corde arrive aux mains de vingt-quatre citoyens habillés et coiffés selon la mode du Trecento : ils symbolisent l'ancien gouvernement de Sienne que l'on appelait alors le Gouvernement des Vingt-Quatre. Enfin cette corde finit entre les mains d'un vieillard imposant, vêtu de blanc et de noir, couleurs de la ville. Il représente la Commune, donc aussi le Bien Commun.

L'autorité et la légitimation de sa régence sont exprimés par les conseillères qui se tiennent à ses côtés pour le guider. Il s'agit des Vertus Théologales (Foi, Charité et Espérance) qui planent au dessus de lui et des quatre Vertus Cardinales (Force, Prudence, Tempérance et Justice) assises à côté de lui avec la Magnanimité et la Paix. En bas à droite des hommes d'armes veillent à la sécurité des citoyens et groupe de prisonniers liés montre ce qui arrive aux rebelles et aux hors-la-loi. Deux nobles (longs cheveux, à genoux) offrent leurs châteaux à la Commune, renonçant à leurs souveraineté en faveur de l'Etat siennois. Les conséquences de cette parfaite administration sont illustrées par la suite de la fresque.
• Les effets du Bon Gouvernement
Le
"bon gouvernement" a, on l'imagine aisément, le "mauvais gouvernement"
comme voisin, sinon l'effet pédagogique de la leçon d'instruction
civique aurait été réduite. La plus belle fresque de l'ensemble c'est
sans doute les Effets du Bon Gouvernement à la Ville et à la Campagne.
C'est une visite à Sienne au milieu du Trecento, une vue perspective de
la cité et de ses campagnes.
Le bon gouvernement garantit la sécurité au citoyen, à la Ville et ici à la Campagne :


Dès lors, la vie
quotidienne se déroule en toute harmonie dans une magnifique ville de
pierres et de briques, remplie de tours, de
palais, d'habitations privées, d'églises et de boutiques. Encore
aujourd'hui, l'effet d'entassement est typique du centre historique.
Des détails maintenant :

Ici un cortège nuptial, on remarque particulièrement les cavaliers. On constate l'absence du luxe ostentatoire dans la Commune de Sienne. La scène des effets du Bon Gouvernement en ville détaille aussi des activités de production et de commerce.
À gauche, la danse de dix jeunes filles revêtues d'étoffes précieuses doit être interprétée non comme une scène réaliste mais comme une allégorie. En effet les statuts de la Commune interdisaient généralement ces manifestations. Le nombre dix fait allusion aux vertus évoquées auparavant. Neuf d'entre elles exécutent des pas de danse tandis que la dixième (Justice ou Concorde) bat la mesure avec la cymbale et chante.

La vue détaillée ci-dessus montre
certaines boutiques d'artisans (comme le bottier à gauche) et une école où se donne un
cours ex cathedra. Dans le même immeuble, à une fenêtre remarquer
l'oiseau en cage.
Hors des murs, Lorenzetti peint un puissant personnage accompagné de son
fauconnier qui sort pour aller à la chasse.

En cours de route, ils croisent des paysans qui reviennent d'une ferme et transportent jusqu'au marché urbain des sacs de céréales.

Les sacs de grain sont portés par des ânes ou des mulets. Un cochon aussi est destiné à la consommation urbaine. Derrière, un paysan porte un chapeau à larges bords qui diffère des autres couvre-chefs. À l'arrière-plan, autour de la ferme, d'autres animaux sont chargés de récoltes, tandis que le battage est en cours et que la moisson continue.

Tandis que le fauconnier part à la chasse, d'autre personnages sont déjà sur le terrain, apparamment équipés d'arbalètes, prêts à tirer sur quelque gibier qui se cache dans le verger ou la vigne.
LE MAUVAIS GOUVERNEMENT
• L'Allégorie du Mauvais Gouvernement

Le dirigeant démoniaque de la cour maléfique s'appelle Tyrannie. Il tient prisonnière à ses pieds la Justice enchaînée. Le tyran est représenté comme un homme vêtu de noir, cornu (donc personnification du Diable). Il est entouré par la Cruauté, la Discorde, la Guerre, la Perfidie, la Fraude, la Colère, l'Avarice et Vaine gloire. À chaque Vertu du Bon Gouvernement correspond ici un Vice.
• Les effets du mauvais gouvernement
Les effets qui dérivent du Mauvais Gouvernement : la misère, les abus, la destruction et la famine dans une ville où le seul artisan au travail est le forgeron qui fait les armes.

Pendant ce temps, à la campagne dominent des champs en jachère, une ferme en ruines, une autres en flammes, des scènes de violence.

L'INVENTION DU PAYSAGE
Dans la fresque de Simone Martini, dans celle de Duccio, comme danc l'ensemble peint par Ambrogio Lorenzetti, on atteint un haut niveau d'originalité : c'est l'invention du paysage. Au Trecento, c'est réellement le premier moment du paysage dans la peinture italienne, même s'il faut attendre le Seicento pour que le paysage devienne un genre autonome.
Le paysage rural. Il est montré dans les deux
parties, Bon comme Mauvais gouvernement (supra). Le paysage toscan
reste typique des "crete" qui s'étendent principalement au sud de
Sienne. Des champs ouverts (openfield accentué
par l'agriculture moderne) caractérisent cet espace où les arbres sont
beaucoup plus rares que dans la Maremme (sud-ouest de l'actuelle région
du Chianti).

Le paysage rural siennois dans le "Bon Gouvernement"

Le paysage des "crete" entre Sienne et Asciano (été 2006)
Le paysage urbain a souvent été utilisé comme arrière-plan de scènes religieuses (en particulier dans les tableaux ayant pour thème la Crucifixion où l'on représente Jérusalem). Ici, à propos de fresques politiques On le retrouve ici avec une précision encore inégalée.

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Les fresques religieuses de Florence
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FLORENCE
LES FRESQUES RELIGIEUSES
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La ville de Florence n'est pas à présenter ici. Il s'agit de
regrouper des considérations sur les fresques accessibles au public,
visibles dans quelques unes des nombreuses églises et des couvents
florentins.
San Marco
Ce couvent du nord de la ville est connu pour abriter les fresques de Fra Angelico, ce moine dominicain qui y vécut au Quattrocento. Il y réalisa de multiples peintures sur bois exposées au rez-de-chaussée (Hospice). Du côté des fresques, c'est d'abord la grande CRUCIFIXION datant de 1442 dans la Salle du Chapitre (5,5 m x 9,5 m).

Plus étonnant est l'ensemble des fresques réalisées au premier étage
avec d'abord, en haut de l'escalier, une grande ANNONCIATION (2,5
x 3m) d'où se dirigent les deux couloirs desservant les cellules.

Chacune des cellules est décorée d'une fresque illustrant la vie du Christ et
quelques unes sont plus particulièrement intéressantes. Leur taille est
en général de l'ordre de 1,5 m sur 1,8 m.

Dans la cellule n°7 : le Christ bafoué
La fresque de
cette cellule montre au premier plan la Vierge et saint Dominique ; ils
méditent sur le Christ trônant derrière eux, les yeux bandés. Il tient
en main le sceptre et le globe qui symbolisent des pouvoirs que les
gardes lui offrent par raillerie. Sur un fond vert irréel, le Christ
est entouré d'autres symboles de la dérision, utilisés dans
l'iconographie médiévale : ce sont des mains qui le giflent, et la tête
d'un personnage qui crache sur lui.
Au bout d'un premier couloir
se trouve la cellule où Cosme l'Ancien, le détenteur du pouvoir florentin, venait faire des retraites.

Et à
l'opposé la cellule du prieur qui fut aussi celle de Fra Girolamo,
c'est-à-dire de Savonarole, qui sur brûlé sur la place de la Seigneurie
le 23 mai 1498.
Santa Croce
À l'est du centre-ville, précédée d'une place animée où se joue
chaque année le "calcio" historique, Santa Croce, l'église des
Franciscains, abrite les tombeaux de Florentins célèbres tels
Michel-Ange ou Machiavel. Deux chapelles proches du chœur montrent les
scènes de la vie de saint François par Giotto ainsi que de la vie de saint Jean-Baptiste. Une Assomption du même artiste voisine avec elles.
Chapelle Baroncelli : la Vie de la Vierge

Fresques de Taddeo Gaddi (1332-1338)
Toujours à Santa Croce, le "museo dell'Opera" (ex-Réfectoire) abrite, entre autres chefs-d'œuvre, l'Arbre de la Vie également de Taddeo Gaddi.

Taddeo Gaddi - L'abre de vie - Santa Croce

Santa Maria Novella
L'église est connue pour sa façade (restauration en cours en 2006). Dans la nef, le visiteur est accueilli par la Sainte Trinité de Masaccio
(1425) célèbre par son effet de trompe-l'œil. Les chapelles du chœur
sont ornées de plusieurs fresques.

Cette Trinité de 1425 ou 1526 a de particulier d'avoir été réalisée selon les nouvelles règles mathématiques de la perspective. Selon Vasari, cela donne l'impression que la voûte "troue le mur". L'autre choc, à l'époque- c'était que tous les personnages sont également humains.
La Vie de la Vierge
Les fresques de la chapelle Tornabuoni sont dues à Ghirlandaio. Elles ont été réalisées dans les années 1485-1490.

Le banquier Tornabuoni

La naissance de Marie
On considère que dans cette série de fresque de nombreux personnages figurent des membres de la famille Tornabuoni, notamment, ici, sa fille au premier rang du groupe de gauche.

La mariage de Marie

La Visitation
La Vie de saint Jean Baptiste
Les fresques sont également de Ghirlandaio. Voici la "naissance" avec en détail la servante qui vient offrir des fruits.

Naissance de saint Jean Baptiste

Juste à côté, la chapelle
Filippo Strozzi est ornée de la Vie de saint Philippe et de la Vie de saint Jean
l'Évangéliste par Filippino Lippi qui les acheva en 1502 ou 1503.

Santa Maria Novella abrite aussi, dans le cloître Vert, la chapelle des Espagnols connue pour les fresques d'Andra da Firenze (Bonaiuti)
Santa Maria del Carmine
Franchissons l'Arno. Ici, notre attention est attirée par la façade inachevée (comme à San Lorenzo) de Santa Maria del Carmine. Au XVIIIè siècle, l'église a été reconstruite dans le styme baroque, mais on conserva la chapelle Brancacci où ont œuvré Masalino et Masaccio. Leurs fresques relatant la vie de saint Pierre ont été peintes en 1425-1428. Leur commanditaire, Felice Brancacci fut exilé en 1435, déclaré rebelle, ce qui provoqua l'effacement d'une partie de leur travail. Puis, entre 1481 et 1485, Filippino Lippi, le fils de Fra Filippo, vint restaurer et compléter ces fresques. La restauration de cet ensemble a été sponsorisée par la société Olivetti.

Chapelle Brancacci - côté gauche - Photo Fabrice R.

Chapelle Brancacci - côté droit - photo Fabrice R.
Les sujets bibliques : Adam et Ève
Le thème du Paradis terrestre et du Paradis
perdu appartient au cycle de fresques du Carmine. La Tentation d'Adam et Ève œuvre de
Masolino est en haut du pilier droit. La fresque a perdu une trentaine
de centimètres de haut avec les aménagements de l'église au XVIIIè
siècle. Adam et Ève chassés du paradis terrestre est dû Masaccio et est situé sur le pilier d'en face. L'œuvre de Masolino
est considérée comme relevant encore de l'influence du gothique
international, Adam et Ève étant assez hiératiques et figés, mais d'une beauté remarquable.

Masolino - Adam et Ève et la Tentation
Celle de
Masaccio serait plus moderne : elle montre avec force la
conscience du
péché, la perte de l'innocence, le poids de la honte. Le couple est
expulsé par la porte du Paradis —une porte dont l'étroitesse est
accetuée par la perspective— porte qui figure à gauche et d'où
jaillissent des rayons solaires dont l'or n'a pas été restauré.
Saint Pierre et les premiers chrétiens
Les fresques de la Chapelle Brancacci exposent
plusieurs scènes importantes de la vie de saint Pierre en s'appuyant
sur les Évangiles et sur la "Légende Dorée".

Masaccio - Le paiement du Tribut
On a écrit que cette peinture de Masaccio, "tel un schisme, a provoqué une scissure dans l'histoire de la peinture italienne" (L.Berti). Datable de 1425, elle fut réalisée en 28 jours. Il y a une narration de la scène des Évangiles en trois temps.
1. Obéissant à la
demande du gabeleur vu de dos, Jésus entouré des Apôtres, ordonne à
Pierre de trouver une monnaie dans la bouche d'un poisson.
2. À
gauche, Pierre, "dans sa stentative de retirer l'argent du ventre du
poisson, a le visage en feu à force d'être courbé" (Vasari).
3. À droite, Pierre paie le tribut c'est-à-dire l'impôt pour le Temple au receveur romain.

Masolino - Le sermon de saint Pierre
Dans cette œuvre, on note le geste solennel du
saint et l'attitude de l'assistance, très attentive. Au premier plan à
droite, un Carme presque surdimensionné.

Masaccio - Le baptême des néophytes

Masaccio - La Guérison de l'infirme et la Résurrection de Tabita

Masaccio et Filippino Lippi
La Résurrection du fils de Théophile et - à droite - Saint Pierre assis en chaire.
Observons les trois personnages à l'extrémité droite de la scène. Masaccio s'est représenté, le regard tourné vers nous, avec à sa droite, Masolino, plus petit, et derrière Leon Battista Alberti et Brunelleschi.


Masaccio - Saint Pierre guérit les malades avec son ombre
Je suis fasciné par cette œuvre qui dans la chapelle Brancacci est coincée entre l'angle du mur et un autel moderne. Je ne suis pas le seul. Victor Stoichita a consacré plusieurs pages à l'expliquer («Brève histoire de l'ombre», Droz, Genève, 2000. Pages 54 et suivantes). Le premier est déjà debout et rend grâce au saint. Le second se relève. Le troisième est encore à terre, infirme, la jambe droite atrophiée. Leurs regards convergent vers Pierre. Ni Pierre ni Jean ne les regardent. La scène est conçue d'une manière très vivante : c'est l'effet produit par la marche des apôtres dans cette rue tracée en oblique sous nos yeux ; ils viennent vers nous. On peut y voir le triomphe du réalisme du Quattrocento.

Masaccio - La distribution des biens et la mort d'Anania
L'épisode est tité des Actes des Apôtres. Saint Pierre et saint Jean faisaient la charité, distribuant des biens aux premiers chrétiens qui vivaient en communauté d'hommes pauvres et égaux, où l'on proscrivait l'accumulation personnelle de biens et l'enrichissement de l'individu. Alors pourquoi cette scène? Anania a menti au sujet du prix de vente de ses terres et en a conservé une partie. Le mensonge fait qu'il tombe foudroyé aux pieds de saint Pierre. Sa femme Saffira (Saphir) tient leur enfant dans ses bras et écoute saint Pierre.

Filippino Lippi - Paul rend visite à Pierre en prison

Filipino Lippi - L'Ange libère saint Pierre de sa prison

Filippino LIPPI - À droite : Saint Pierre et le Mage Simon devant Néron
À gauche : le Martyre de saint Pierre
Dans la partie de droite, on voit une statuette tombée à terre. Dans la "Légende
Dorée" Jacques de Voragine expose de manière détaillée l'histoire du
mage Simon (édition Points poche "sagesse", pages 312-318). En voici un extrait où il est question de statue :
« Cependant le
magicien Simon était si aimé de Néron qu'on savait qu'il tenait entre
ses mains les destinées de la ville entière. Un jour, comme il se
trouvait en présence de Néron, il avait su changer son visage de telle
sorte que tantôt il paraissait un vieillard, et tantôt un adolescent :
ce que voyant, Néron avait cru qu'il était vraiment le fils de Dieu. Un
autre jour, le magicien dit à l'empereur : « Pour te convaincre que je
suis le fils de Dieu, fais-moi trancher la tête; et, le troisième jour,
je ressusciterai!» Néron ordonna à son bourreau de lui trancher la
tête. Mais Simon, par un artifice magique, fit en sorte que le
bourreau, croyant le décapiter, décapita un bélier; après quoi, il
cacha les membres du bélier, laissa sur le pavé les traces de sang et
se cacha lui-même pendant trois jours. Le troisième jour il comparut
devant Néron et lui dit : « Fais effacer les traces de mon sang sur le
pavé, car voici que je suis ressuscité, comme je te l'ai promis!» Et
Néron ne douta plus de sa divinité. Un autre jour encore, pendant que
Simon était auprès de Néron dans un chambre, un diable qui avait revêtu
sa figura parla au peuple sur le Forum. Enfin il sut inspirer aux
Romains un tel respect qu'ils lui élevèrent une statue,
sur laquelle fut placée l'inscription : « Au saint dieu Simon.» Or
Pierre et Paul, s'étant introduits auprès de Néron, dévoilaient tous
les maléfices du magicien; et Pierre, notamment, disait que, de même
qu'il y a dans le Christ deux substances, la divine et l'humaine, de
même il avait en Simon deux substances, à savoir l'humaine et la
diabolique.»
À gauche, le
martyre de saint Pierre, supplice de la croix en sa qualité d'étranger,
alors qu'à la même époque Paul qui était citoyen romain fut condamné à
avoir la tête coupée.














