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LA RESTAURATION :

L'EXEMPLE DE LA CHAPELLE OVETARI

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À Padoue, l'église des Eremitani abrite la chapelle Ovetari, connue principalement pour des fresques de Mantegna : les Scènes de la vie de saint Christophe et de saint Jacques, inspirées, comme bien d'autres, par la "Légende dorée" de Jacques de Voragine. Andrea Mantegna avait 17 ans à la signature du contrat en 1448. Voyant ces fresques achevées en 1454 le duc de Mantoue décida d'inviter Mantegna à sa cour où il réalisa des œuvres encore plus célèbres.


Première restauration

À la fin du XIXème siècle, l'œuvre était menacée par l'humidité. En 1886 on fit appel à Antonio Bertolli qui venait d'intervenir sur les fresques de Giotto dans la chapelle des Scrovegni à Padoue.
À cette époque pour sauver une fresque le restaurateur la détache du mur.

« Comment procède-t-il ? Une toile, plaquée à même la peinture, est martelée délicatement avec un maillet recouvert de feutre. Il faut parfois plusieurs heures pour réussir à décoller des blocs de fresque qui sont alors posés sur un support en bois. La fresque, qui se présente à l'envers, est rassemblée et stuquée, puis retournée. La dernière étape consiste à retirer la toile collée sur l'endroit, avec beaucoup de prudence en tamponnant avec de l'eau chaude.» (source : Beaux Arts magazine, octobre 2006, article de Rafael Pic).

Le résultat du travail de Bertolli :

Christophe_Gauche Christophe_Droite

De la silhouette de saint Christophe, on aperçoit seulement en bas à gauche un pied. Un groupe d'archers tire des flèches sur lui. Les archers lancent 400 flèches — qui manquent saint Christophe. Une seule fait mouche : mais c'est dans l'œil du roi qui a ordonné le supplice, et que l'on voit à la fenêtre de gauche. Ensuite, et c'est la partie droite de la fresque, les bourreaux décapitent Christophe et traînent son cadavre. Fin de l'histoire de Jacques de Voragine : le sang du saint guérit le roi impie de sa cécité et il se convertit !

Christophe_d_tail



Seconde restauration

Les bombardements américains du 11 mars 1944 ont partiellement détruit la chapelle : les fresques sont devenues des milliers de fragments. Les premières restaurations des années 1950 reposent sur une technique inventée par Cesare Brandi mort en 1988 , auteur d'une Théorie de la restauration, et co-fondateur de l'Istituto Central del Restauro. Plus tard, grâce à l'informatique les travaux de restauration des fresques de la chapelle Ovetari ont été relancés dans les années 1990 et désormais achevées à 65 %. Ce même système a également été utilisé pour restaurer les fresques d'Assise après le séisme de 1997.

« On replace, comme s'il s'agissait d'un puzzle, les morceaux sauvegardés sur une reproduction photographique en noir et blanc à l'échelle 1. Mais l'on ne cède pas à la tentation de compléter les blancs par du dessin. On remplit simplement par des rayures à l'aquarelle, le rigatino [ou par] un fond uniforme gris. Cette "baisse de ton" par rapport aux parties colorées à un effet mécanique : la vision humaine les place en arrière-plan.»  (source : Beaux Arts magazine, octobre 2006).

Exemple de résultat qui permet de mieux comprendre le rôle de la photographie à l'échelle 1 et cet effet de "baisse de ton":


Roi_des_d_mons_Puzzle


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À propos des problèmes de conservation :

• Conséquences du changement climatique : http://www.estrepublicain.fr/une/monde/art_460861.php